Êtes-vous Beatles ou Stones ?

BY IN Marketing 3 COMMENTS ,

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Cette petite question résume à la perfection une notion importante, et même fondamentale du Marketing : le Marketing de différenciation.

Depuis 50 ans, c’est une question qui agite les journalistes comme les chroniqueurs, les soirées entre amis au pub ou en famille avec le tonton Marcel.

Il faut bien l’avouer, notre premier instinct est de répondre. Les plus pervers d’entre nous y ont même réfléchi, mais bien trop peu s’interrogent sur la question. C’est pourtant là, le seul intérêt de cette question. Et c’est même un exemple de la puissance extraordinaire et infaillible du marketing de différenciation.

Alors, Beatles ou Stones ? Premier piège grossier, mais tellement séduisant, il n’y a que deux choix. Les années 60 dégorgeaient de dizaines de groupes de rock talentueux, mais c’est cette question, et accessoirement ces deux groupes, qui sont passés à la postérité.

D’un côté, coupe au bol et chansons pleines de sourires aux paroles et mélodies entêtantes, j’ai nommé les Beatles. Pour les uns, ce sont les gentils, pour les autres, les gentillets. De l’autre, les Rolling Stones, voix rocailleuses et gros sons de guitares, ambiance subversive interdite aux moins de 18ans, ça sent le sexe, la décadence et la drogue. Pour les uns, ce sont les vrais rockeurs, pour les autres des perturbateurs dépravés et bruyants.

Vous ne trouvez pas cela un peu trop caricatural ? Non ? Si ? Vous avez deviné, c’est le deuxième piège. Il est plus fin que le premier, mais tout de même, il reste peu probable. Et d’ailleurs, il est faux. Sur scène, les personnages sont bien rodés et le show est au rendez-vous. Mais en coulisse, tout le monde s’accorde à dire que c’est l’inverse. Mais alors quoi ?

Il faut aller encore plus en coulisse pour connaître le fond de l’histoire…

Les Beatles sont partis à la conquête éclaire du monde avec comme manager, Brian Epstein. A l’époque, Epstein travaille notamment avec Andrew Loog Oldham. A 19 ans, Andrew a déjà collaboré avec Bob Dylan et Little Richard (quelle belle époque), mais il en veut plus, il veut SES Beatles…

Andrew Loog Oldham - 19 ans - Manager des Rolling Stones

Andrew Loog Oldham – 19 ans – Manager des Rolling Stones

Une nuit, Andrew Loog Oldham entend Mick Jagger et ses accolytes dans un bar et c’est la révélation. Dès le lendemain, le contrat est signé et c’est à partir de là que débute le succès des Rollin’Stones, comme ils s’appellent à l’époque. Andrew n’y va pas de mains mortes, rajoute un « g » au nom du groupe qui devient officiellement The Rolling Stones, et supprime un « s » à Richards ! (Il décidera de le récupérer quelques années plus tard). Il veut construire les « anti-Beatles », et démarquer les Rollings Stones des dizaines de groupes de rock qui végètent dans les bars, et surtout dans l’ombre des Beatles.

La révélation lui est venue dans l’émission phare de l’époque, « Thank You Lucky Star » de Peter Murray. Il va utiliser la popularité exceptionnelle des Beatles pour promouvoir ses anti-Beatles.

“Would You Let Your Sister Go With a Stone ?”

Après une reprise de Chuck Berry, le second single des Stones n’est autre que « I Wanna Be Your Man », une composition de Paul Mc Cartney et John Lennon… C’est à ce moment que la presse (américaine notamment) s’intéresse à ces Stones qui jouent de la musique noire pour la jeunesse blanche…

Mars 1964. L’hebdomadaire britannique Melody Maker offre le tremplin dont rêvait Andrew Oldham avec ce titre :  “Would You Let Your Sister Go With a Stone ?”. Désormais, les Stones savent que les médias sont la meilleure façon d’accéder à la notoriété. Ils changent de look, laissent pousser leurs cheveux pour attirer encore plus l’attention.

Les parents détestent les Stones !

1964. Ils ne peuvent plus jouer dans les bars et entament une tournée américaine. Ils n’ont alors aucun succès majeur et sont quasiment inconnus, mais étudiants excités et jeunes filles hystériques se pressent à leurs concerts. C’est seulement à partir de là que Keith Richards et Mick Jagger commencent à écrire des chansons.

A la fin des années 60, les Stones sont réellement devenus les bad boys qu’ils mimaient pour la presse. Entre rock, sexe, drogue, excès, provocations, les Stones sont déjà entrés dans la légende et le monde des années 70 est tout prêt à les aduler.

Les Beatles ont arrêté la scène le 29 août 1966. Les Stones font parler la poudre dans les médias et sur scène. Ils enchaînent des concerts démentiels sur des sons devenus cultes, les Stones sont sur le toit du monde.

Marketing + Talent  = Succès !

Les Stones sont des génies, c’est incontestable. Sans doute qu’Andrew Loog Oldham n’aurait pas pu utiliser le marketing de différenciation comme une baguette magique sur une chèvre. Mais si les Stones avaient l’étoffe, leur succès est d’abord dû à un marketing si habile qu’il confine au génie.

Êtes-vous Beatles ou Stones ?

Alors quand on vous posera la question, vous saurez qu’elle a été inventée par le manager des Stones, pour qu’on réponde Stones.

Tiens au fait, finalement… au fond de vous… Vous êtes plutôt Coca ou Pepsi ?

 

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