Marcela Iacub : scandaleusement efficace !

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Le livre sur la liaison entre DSK et Marcela Iacub

Le livre sur la liaison entre DSK et Marcela Iacub

Si l’on en croit Wikipédia « Marcela Iacub est une  juriste, chercheuse et essayiste franco-argentine« . Cependant, sa récente célébrité trouve son origine dans l’utilisation de sa liaison avec Dominique Strauss-Kahn pour la publication d’un livre : « Belle et bête ». Nul doute que la presse va se précipiter sur les analyses pseudo-psychologiques et autres spéculations pour vendre du papier. Je suis également prêt à parier que nous allons devoir subir une longue interview du dimanche soir avec Marcela Iacub sur TF1 d’ici peu.

Je me limiterai ici à disséquer l’extraordinaire communication de ce fait politico-financiaro-sexuel, sans autres formes de jugements.

Jusqu’à la parution de ce livre, la notoriété de Marcela Iacub se limitait aux cercles parisiens pour ses prises de positions originales ou sa polémique avec certaines associations féministes. En quelques jours, elle est passée au statut d’objet national de polémique sulfureuse. Les histoires de fesses sont pourtant nombreuses -surtout lorsqu’elles concernent Dominique Strauss-Kahn-, le sujet seul ne peut donc pas être la cause de cet affolement médiatique.

En l’occurrence, selon un mail de Marcela Iacub, rendu public par DSK, la seule motivation de cette liaison a été la volonté de Mme Iacub d’écrire ce livre. Ce livre change donc de statut. Il ne s’agit plus d’un énième livre sur les galipettes de l’ancien patron du FMI, mais d’un véritable traquenard qui aura duré plusieurs mois.

Les lecteurs assidus de mon blog auront déjà fait le rapprochement avec un précédent article (Êtes-vous Stones ou Beatles ?). Il s’agit bien sûr dans le cas présent d’une technique tout à fait classique dénommée, le marketing de différenciation.

Quelques Unes de la presse - 16 mai 2011

Quelques Unes de la presse – 16 mai 2011

La célébrité qui sert de marche pied a le profil parfait. Procès pour viol, passage dans l’une des pires prisons américaines, partouzes avec des prostituées, mauvaises fréquentations, Dominique Strauss-Kahn ne sait plus où donner du scandale ces derniers temps. De plus, en tant qu’ancien favori de l’élection présidentielle, les médias lui réservent une place de choix pour chaque nouvel épisode, comme il se doit pour tout bon client qui dispose de sa table réservée au restaurant.

Celle qui gagne en notoriété, c’est Marcela Iacub. Prise de position atypique voire polémique, pour la prostitution, en défense de Dominique Strauss-Kahn contre des associations féministes, les polémiques n’avaient, jusque-là, pas dépassé les murs lambrissés des salons parisiens. Cataloguer Marcela Iacub dans la case des polémistes en mal de notoriété serait pourtant trop simpliste. C’est aussi une femme intelligente dotée d’une jolie plume et d’un carnet d’adresses tout à fait confortable.

Les acteurs sont bien choisis, le moment l’est également. De scandales en procès, de part et d’autres de l’Atlantique, l’affaire DSK est encore tiède mais elle refroidit. Si la liaison de Marcela Iacub avec DSK a commencé à un moment d’exposition intense, elle choisit de lancer son livre à ce moment particulièrement propice du point de vue de l’actualité de DSK, comme pour l’actualité littéraire. Au moment où les choses se tassaient pour Dominique Strauss-Kahn, elle rallume d’un seul coup tout le paquet de feux d’artifice.

Un lancement parfait. La rédaction du livre est restée secrète. Pendant ce temps, elle publie quelques chroniques en défense de DSK dans Libération. Sincère ou cynique, personne ne peut l’établir, exceptée peut-être elle-même. Mais finalement, elle sort son livre. Dès cet instant, tout est millimétré.

Marcela Iacub à la Une de Libération

Marcela Iacub à la Une de Libération

La sortie du livre est annoncée, Marcela Iacub publie une interview dans le Nouvel Observateur où elle révèle que la célébrité de son livre n’est autre que DSK. L’hebdomadaire publie les bonnes feuilles et devant la polémique, le patron du Nouvel Observateur essaie de défendre la rigueur journalistique de ces publications. La suite est cousue de fil blanc. Dominique Strauss-Kahn intente un procès en référé, deux jours avant la publication. Il demande l’insertion d’un encart sur la couverture du livre, « atteinte à l’intimité de la vie privée », ainsi qu’une interdiction de diffusion « à titre subsidiaire ». Le juge a accordé l’encart, pas l’interdiction. Le livre n’en sera que plus facile à repérer dans les librairies !

Cerise sur le gâteau, suite à l’insertion de l’encart demandé par DSK, la publication du livre prend du retard, tout Paris est en haleine. C’est la course pour savoir qui connaît Marcela Iacub, qui a lu le livre et de chacun d’y aller de son opinion.

 

C’est parfait, rien à redire. Si le livre ne se vend pas, c’est vraiment qu’il n’y a rien dedans.

DSK devient une victime. Seulement quelques mois après ses affaires, qui aurait cru possible la transformation de DSK en victime ? Celui que tout le monde a moqué avec les parties fines entre notables et prostituées, celui qui était mimé tel un ours sauvage faisant irruption de la salle de bain du Sofitel, c’est un véritable miracle communicationnel de le voir désormais assimilé à une victime. Qui sait, il pourrait bientôt y avoir une association de soutien, « les ami-e-s de DSK » ?

Histoire d’argent, de notoriété ou complot organisé par des « gens » comme le dit Marcela Iacub. Nul ne connaîtra la vérité et elle n’a aucune importance. Marcela Iacub est devenue la scandaleuse attaquée de toutes parts. Pour quelques semaines, elle dispose d’un auditoire national et n’a plus qu’à avoir le pied marin pour affronter la tempête tant espérée. Elle est en passe de devenir une scandaleuse immorale des temps modernes.

C’est une place quelque peu délaissée par ce siècle que Marcela Iacub essaie d’occuper. Les femmes perverses avaient progressivement été remplacées par des scandaleuses plus naïves, plus éphémères. De ce point de vue, non seulement elle transgresse les codes du milieu dans lequel elle évolue en organisant pareille opération, mais elle se montre extraordinairement subversive. Le soi-disant sexe faible devient ici un prédateur froid, intelligent et fourbe. Au cinéma, c’est un rôle extraordinaire et intéressant. Dans la véritable vie, c’est carrément une histoire passionnante.

Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt

N’est pas La Scandaleuse qui veut. Sarah Bernhardt aimait à dire « Quand Même » en référence à son audace et son mépris des conventions. On lui a prêté toutes les excentricités et tous les excès, dont la majeure partie étaient d’ailleurs vraie. Mais si Sarah Bernhardt a, notamment, eu des relations sexuelles tarifées avec plusieurs députés dont Léon Gambetta, ce n’est pas de ce fait qu’elle tient son immense notoriété.

La Scandaleuse a ainsi été décrite par Sacha Guitry. « Madame Sarah jouait un grand rôle dans notre existence. Après notre père et notre mère, c’était assurément la personne la plus importante du monde à nos yeux. […] Que l’on décrive avec exactitude et drôlerie – ainsi que Jules Renard l’a fait dans son admirable Journal – sa maison, ses repas, ses accueils surprenants, ses lubies, ses excentricités, ses injustices, ses mensonges extraordinaires, certes […] mais qu’on veuille la comparer à d’autres actrices, qu’on la discute ou qu’on la blâme, cela ne m’est pas seulement odieux : il m’est impossible de le supporter. […] Ils croient qu’elle était une actrice de son époque. […] Ils ne devinent donc pas que si elle revenait, elle serait de leur époque ».

Marcela Iacub a excellé  dans l’utilisation du marketing de différenciation. Elle dispose désormais pour quelques semaines d’une notoriété nationale. Elle devra savoir en faire usage pour continuer à ériger sa marque dans un paysage intellectuel et médiatique composé de sociétaires bien établis. Il reste à savoir si la subversion résistera à l’épreuve du temps et si son talent lui permettra de devenir une authentique Scandaleuse du 21ème siècle.

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